Comment je vis le Covid-19 avec mes locations d’appartements Airbnb

Comment je vis le Covid-19 avec mes locations d’appartements Airbnb

 

Les mesures de confinement dues à la pandémie du Coronavirus (Covid) ont pris le monde par surprise. La Colombie a pu imposer la quarantaine très tôt, le 25 mars 2020, quand il n’y avait encore que 306 cas connus et 3 morts dans tout le pays. Malgré tout, l’économie n’y était pas préparée et chacun a dû s’adapter comme il le pouvait.

Même si nous sommes tous confrontés à cette situation au même moment, l’expérience n’est pas collective car il y a autant de vécus différents que d’individus. Doniphane, du blog colombianito, et moi avons décidé de partager nos expériences. Notre seul point commun est d’être étrangers et d’être restés en Colombie. Nous ne vivons même pas dans la même région car il est à Barranquilla et moi à Cali.

Lire : Comment je (Doniphane) vis le Covid à Barranquilla

 

Ma situation avant le Covid-19

 

J’ai 2 activités principales ; l’enseignement du français en ligne et la gestion de trois appartements meublés sur Airbnb. J’ai donc une source mensuelle de revenus comme freelancer et une autre quasiment hebdomadaire comme indépendant. À côté de ça, je travaille comme agent immobilier indépendant. Les activités d’agent immobilier ne me rapporte que de temps en temps, je ne peux pas compter dessus pour mon budget mensuel mais aide ponctuellement.

Le fait de ne pas compter sur une seule source de revenus m’est déjà très utile en temps normal mais s’est révélé crucial pendant cette pandémie. Par exemple, quand le tourisme baisse entre février et mai, je compense avec les cours de langue. C’est exactement l’inverse pendant les mois de juillet-août et décembre-janvier. Les élèves sont moins présents alors que mes appartements ne désemplissent pas pendant la haute saison touristique.

 

Ce que c’a changé pour moi

 

Quand l’alerte du Covid a été donnée au mois de Mars 2020, c’a été compliqué pour les locations. J’étais constamment au téléphone, WhatsApp, email. Au début, les locataires se demandaient s’ils devaient repartir au plus vite ou attendre. Je les tenais informés et les conseillais. Ensuite, pendant qu’ils s’en allaient peu à peu, d’autres arrivaient en recherche d’un lieu agréable plutôt qu’une simple chambre d’hôtel. Cela, soit pour passer la quarantaine, soit pour attendre un vol humanitaire.

J’étais aussi en contact avec tous ceux qui avaient des réservations futurs. Airbnb ne communiquait pas clairement les conditions d’annulation et beaucoup me demandait quoi faire.

Les mois d’avril et mai ont été plus calmes. J’ai eu mes trois appartements occupés et même lorsqu’un appartement se libérait je pouvais le relouer de suite. Quand les locataires partaient prendre leurs vols, j’avais des demandes d’autres gens. Quand il est devenu assez clair que la Colombie n’allait pas ouvrir ses frontières ni ses aéroports pour encore un long moment, j’ai reçu de nouvelles demandes. Certains hôtels mettaient leurs hôtes à la porte ou simplement des locataires recherchaient un meilleur espace pour attendre tranquillement.

Mes revenus ont malgré tout baissé. Déjà à cause des tarifs longue-durées mais aussi pour aider. La plupart des hôtes n’avaient pas prévu d’être bloqués si longtemps. J’avais déjà baissé mes prix mais je n’ai aussi jamais refusé une demande de réduction.

Pendant ce temps-là, je continuais à donner mes cours en ligne. De ce côté-ci, aucun soucis, aucune adaptation à faire. Mes étudiants sont tous des adultes professionnels basés en Europe et travaillant depuis la maison ou étant au chômage technique, ils continuent les cours aux mêmes horaires. À part pour quelques étudiants qui se sont mis en pause, mes revenus sont restés les mêmes. Techniquement, ils ont même un peu augmenté car ce revenu est en Euros et le taux de change est devenu très favorable, passant de 3700 à 4300 pesos. Même s’il est redescendu à 4100, ça reste 10 % de plus.

Mes revenus ont un peu diminué mais mes dépenses aussi. J’ai donc eu la chance de ne pas puiser dans mes réserves tout en continuant à payer le salaire de la femme de ménage et à aider les gens de mon quartier.

 

La situation à Cali

 

Tout le monde n’a pas une situation comme la mienne. C’est difficile et cela, pour toutes les couches de la société.

Lire aussi : les classes sociales en Colombie

Les propriétaires d’hôtels voient leurs affluences chuter. Les bars et les clubs ne peuvent plus ouvrir pour une durée encore indéterminée. 3 mois après leur fermeture, aucune date n’est annoncée. Les restaurants ne comptent que sur les livraisons avec des bénéfices plus bas. Les applications prennent une commission entre 20 et 30 % sur la commande et les boissons se vendent peu, alors qu’elles génèrent la majeure rentabilité. Globalement, toutes les entreprises ont dû momentanément fermer leurs portes tout en continuant à payer les charges. Certaines ont pu trouver des arrangements mais en règle général, les commerces qui sont propriétaires des murs s’en sortent, les autres non.

Une grande partie de la population n’a pas de contrat fixe et se retrouve sans emploi. Beaucoup de gens vivent de la vente en direct et n’ont eu aucun revenu car simplement personne ne sortait dans la rue.

Pendant bien un mois, je ne voyais personne passer devant mes fenêtres. Puis, peu à peu, par nécessité, les vendeurs ambulants sont réapparus. Les mendiants aussi. Ensuite, les commerces de proximité ont rouvert et même les salons de coiffure, tout ça bien avant la fin du confinement obligatoire. Les gens portent consciencieusement le masque mais la vie a repris bien avant que les autorités ne le permettent.

Il y a avait une véritable paranoïa à la mise en place de la quarantaine. La population était inquiète de chaque nouveau cas annoncé. 3 mois plus tard, on dénombre 1’500 nouveaux cas par jour mais plus personne ne souhaite en parler, ni même y penser. Les gens se réunissent de nouveau, moi aussi d’ailleurs. Le besoin de contact humain, et même physique, se fait sentir. Alors que tout le monde s’est mis à utiliser Zoom, Hangout, Skype, sortir de chez soi est devenu un besoin naturel. La différence maintenant est qu’on demande la permission de faire la bise ou de prendre quelqu’un dans ses bras.

Lire aussi : pourquoi choisir Cali et pas ailleurs

 

Comment je vois la suite

 

Je rédige cet article fin-juin, la pandémie n’est pas terminée, les nouvelles d’une deuxième vague arrivent de Chine, le futur est clairement incertain. Toutefois, je ne désire pas ici faire des pronostics sur l’évolution de la maladie mais plutôt comment je vais l’affronter.

Pour commencer, je dois faire attention à mes dépenses car mes revenus vont encore baisser et ne devraient pas se rétablir au moins jusqu’à décembre. Mes cours en ligne vont progressivement diminuer au fur et à mesure que les modules se terminent. J’imagine que beaucoup d’étudiants ne vont pas renouveler les cours tout de suite. En plus, l’école de langue qui m’emploie a décidé de baisser les salaires de 25 %, alors même que nous, les professeurs, sommes payés à l’heure.

Pour l’instant je suis content d’avoir des locataires pour plusieurs mois mais je préfère ne pas accepter les demandes pour du long terme. Airbnb maintient les statuts de Superhost pour le trimestre juillet-août-septembre même si les critères ne sont pas atteints. Rien n’est sûr pour le trimestre suivant. Ils devraient annoncer bientôt leur décision.

Je mise sur une reprise du tourisme national dès octobre. En décembre, les premiers touristes internationaux devraient arriver. Cet avis n’engage que moi, mais j’aimerais du coup être disponible et essayer de maintenir mon statut de Superhost. Je vais donc m’assurer de disposer d’un appartement pour des réservations sur Airbnb. Peut-être même deux, à voir.

D’ici là, j’aimerais développer plus mon activité d’agent immobilier. J’aurai du temps et je vois déjà un intérêt grandissant. La crise force des propriétaires à vendre pendant que d’autres espère décrocher la bonne affaire. Le taux de change favorable à cause de la baisse du peso revient à acheter avec d’entrée un rabais de 20 %.

 

Voilà ma situation personnelle en cette période, ne manquez pas de lire celle de Doniphane.

Lire : Comment je (Doniphane) vis le Covid à Barranquilla

Edit Avril 2022: La pandémie est officieusement terminée. Les Colombiens portent encore le masque dans les commerces, mais le tourisme a bien repris. Toutefois, la situation économique est difficile alors que les prix montent et la petite délinquance ne baisse pas. Une certaine rupture s’est produite et bon nombre d’expatriés ont quitté le pays. À ce sujet j’ai redigé cet article : La Colombie ne séduit plus.

 

3 Replies to “Comment je vis le Covid-19 avec mes locations d’appartements Airbnb”

  1. Coucou! Quelle est la situation à ce jour ? Je suis en grande réflexion pour partir (un an pour démarrer) à partir d’août… je me dis que si la situation empire et que les restrictions deviennent trop importantes il vaudrait peut-être mieux attendre. Comment va la vie aujourd’hui, à un an de la pandémie? Il y a un an j’étais insouciante à Cali 😉

    1. La vie a à peu près repris son cours normal mais tout peut changer. La campagne de vaccination n’a pas encore commencé en Colombie, c’est donc impossible de savoir ce qui vient. Les autorités ont quand même dit qu’un nouveau confinement strict n’aura pas lieu car c’est économiquement et socialement intenable.

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