Étiquette : Vivre en Colombie

Devenir entrepreneur-investisseur en Colombie

Devenir entrepreneur-investisseur en Colombie

Avec l’attrait grandissant de la Colombie, son développement économique et les opportunités pour les étrangers, de plus en plus d’Européens tentent l’aventure de devenir entrepreneurs. Avec un capital assez modeste, en comparaison avec les financements nécessaires en Europe, on peut démarrer une entreprise ou investir sans devoir emprunter.

Cependant il y a beaucoup d’aspects à prendre en compte. C’est déjà toute une aventure de devenir entrepreneur mais il faut rajouter à cela le fait d’être dans un pays étranger avec d’autres coutumes. Il faut faire les choses dans l’ordre, tant sur le plan financier que comptable et administratif, mais aussi pour les visas et la structure légale. On peut rapidement perdre le fil, ne plus savoir comment s’y prendre et s’empêtrer dans les soucis.

Ce blog VivreEnColombie fournit de nombreux conseils utiles selon les différentes situations, mais j’avais envie de constituer ce « fil » pour entrepreneur-investisseur. De cette manière, chacun peut savoir à quoi s’attendre. Chaque point renvoie à des articles détaillant exactement la marche à suivre.

 

Explorer et identifier ses propres motivations

 

Que l’on tombe amoureux de la Colombie durant un voyage ou qu’on lise un article vantant les merveilles du pays dans une revue économique, on peut se surprendre à rêver vivre sous les tropiques. Cependant la réalité est un peu plus compliquée.

La Colombie a des avantages certains ; stabilité politique et économique, situation géographique idéale avec accès aux océans Atlantique et Pacifique, production agricole toute l’année, climat agréable, personnel qualifié disponible. C’est admirable de voir que malgré une dévaluation de la monnaie (COP) de près de 40% en 2014, le pays maintient son développement économique. Depuis une décennie, l’inflation reste en dessous des 9% (4% en 2017) et le PIB augmente entre 1 et 8% (2% en 2017).

Mais les désavantages pèsent lourdement quand même ; corruption à tous les niveaux, infrastructures routières insuffisantes, coûts de transports élevés, loyauté professionnelle basse, arnaques fréquentes et malgré la stabilité économique la note de crédit a récemment baissé d’un cran à BBB-.

 

La première chose à faire est de se confronter à la réalité du pays. Les régions sont très différentes les unes des autres, les gens aussi, donc les mentalités et les opportunités changent. J’ai moi-même écrit un article sur les opportunités économiques spécifiques à Cali que vous trouverez sur le blog de Doniphane appelé colombianito.fr. Quant à lui, il a rédigé un article sur les opportunités de la côte Caraïbe sur le blog de Yoann appelé ColombieConseil.com. Et Yoann a rédigé un article sur les opportunités à Medellín sur mon blog VivreEnColombie.co.

 

Le visa touristique permet de rester 90 jours, prolongeable 90 jours supplémentaires, par année calendaire. Comme le compteur repart à zéro le 1er Janvier, vous pourriez rester 12 mois consécutifs comme touriste, de Juillet à Juin.

Les Français âgés entre 18 et 30 ans peuvent bénéficier gratuitement d’un visa valable un an selon les accords du PVT, le Programme Vacances-Travail. Vous pourriez même vous faire la main avec de petits boulots.

Lire aussi comment obtenir le PVT

 

Définir la faisabilité du projet

 

Selon ce que vous avez décidé de faire, trouvé l’investissement ou imaginé quelle entreprise monter, prenez le temps de faire un vrai business plan et étudiez froidement la viabilité du projet.

Pour acheter de l’immobilier lisez d’abord cet article. Si votre projet est de le mettre en location lisez celui-ci. Pour monter un restaurant, préparez-vous avec ce guide. Pour un hôtel, renseignez-vous sur la concurrence et le taux d’occupation. Sachez que pour commencer, la création d’une entreprise n’est pas forcément nécessaire. Vous pouvez gérer un commerce et facturer les clients en nom propre.

 

Parlez du projet autour de vous à des gens d’expérience. Payez une étude par un cabinet local si nécessaire. Rencontrez d’autres expats et créez un fort réseau social. N’ayez pas peur de parler de vos projets, vous aurez plus de chance de trouver des partenaires que de tomber sur des gens qui vont vous voler l’idée.

D’ailleurs, tout le monde a des idées, la réussite se trouve dans la mise en œuvre.

 

Assurer le financement

 

Une erreur classique est d’engager tous les fonds dans le projet. Il est important de garder un matelas de sécurité le temps de pouvoir générer des revenus. Un restaurant ou un hôtel a du personnel et des salaires à payer. Un appartement a des frais d’administration pour les zones communes et des impôts. Il y a des frais d’achat de matériel, coûts de déplacement, loyers, publicité peut-être, etc…

Prenez aussi en compte le budget pour subvenir à vos propres besoin. La Colombie n’est pas exactement bon marché, surtout sur la capitale.

Lire également sur le coût de la vie en Colombie.

Il faut savoir qu’il est impossible pour un étranger d’obtenir un prêt d’une banque colombienne sans avoir déjà un « historique » avec elle. Vous auriez plus de chance auprès de votre banque française qui vous connait. Faites bien vos calculs avant de vous lancer.

Connaissez parfaitement la manière d’envoyer l’argent d’Europe en Colombie. Vous ne voudriez pas être pénalisé à cause d’une banque qui bloque ou limite vos envois. Ou même d’être cité à comparaître devant le Département d’Industrie et du Commerce pour justifier des fonds qui ne correspondent pas aux dépenses.

 

Régulariser le permis de séjour

 

Avant de dépenser ou transférer le moindre sous, mettez-vous en règle en obtenant le visa adéquat. Tout sera beaucoup plus compliqué si vous n’avez pas de cédula de extranjería, la carte d’identité colombienne pour étranger. Elle s’obtient automatiquement avec un visa. Sans elle vous ne pourrez pas ouvrir de compte en banque, les fournisseurs ne travailleront pas avec vous et chaque devoir administratif s’heurtera à des difficultés.

Pour investir dans l’immobilier ou étudier le marché, vous pouvez demander le visa Visiteur (V).

Pour créer une entreprise, se déclarer professionnel indépendant, employé ou propriétaire immobilier, vous pouvez demander le visa Migrant (M).

Lire sur les visas colombiens et les démarches d’obtention.

 

Mettre en place le projet

 

Vous êtes maintenant dans le vif du sujet. Vous pouvez monter votre commerce ou investissement. Avant de signer un contrat, faites-le vérifier par un avocat que vous avez choisi et renseignez-vous sur les démarches pour pouvoir légaliser cet apport d’argent avec un comptable.

Méfiez-vous des clauses et pénalités de retards ou d’annulation. Même si vous êtes de bonne foi et avez les fonds, des problèmes peuvent survenir. Ne portez pas l’entière responsabilité sur vos épaules. En tant qu’étranger on aimerait dès le départ donner une bonne impression et montrer qu’on est sérieux, mais en cas de problème il n’y aura pas de pitié. Les gens auront vite tendance à penser que l’argent ne vous manque pas, que quelques Euros de moins ne vous feront pas de différence surtout si vous avez accepté la responsabilité.

 

Vivre comme un local

 

La période de découverte est finie et l’expatriation commence pour de vrai. C’est le début d’une nouvelle routine, un nouveau cercle social, une maison qui devient un foyer. C’est à ce moment que le choc culturel peut se déclarer. En étant confronté au train-train quotidien, aux mêmes difficultés que traversent les colombiens et les immigrés, à l’administration digne d’un pays en voie de développement, les subtilités de la langue espagnole castillan, l’adaptation est obligatoire.

Il y a plein de détails à mettre en place. S’affilier à une assurance maladie et accident, obtenir le permis de conduire, remplir la déclaration d’impôts, entre autres.

Lire aussi les conseils pour se simplifier la vie au quotidien et les choses les plus surprenantes en Colombie.

 

Les étapes peuvent sembler nombreuses mais ne vous inquiétez pas, beaucoup d’autres l’ont fait avant vous. Assurez-vous d’être entouré des bonnes personnes et ne cherchez pas à tout faire vous-même.

Si vous avez besoin d’expertise pour vous aider et guider, contactez-moi.

 

Les choses les plus surprenantes pour un Français en Colombie

Les choses les plus surprenantes pour un Français en Colombie

Pour un Européen vivant en Colombie, ou même de passage, il y a plusieurs choses qui peuvent surprendre sur la mentalité colombienne ou la vie quotidienne. Voilà les choses auxquels on se confronte régulièrement, certains aspects sont amusants, d’autres plus difficiles.

Sur le même sujet, lisez mon expérience du choc culturel.

 

L’amabilité

On pourrait penser que des décennies de violence rendraient les colombiens durs et froids, mais c’est en fait tout le contraire. Ils sont très aimables et courtois, les formes de politesse sont très importantes au moment de saluer ou dire au revoir. Les colombiens peuvent très facilement tutoyer une personne qu’ils viennent de connaître par sympathie et vouvoyer un proche comme marque de respect et d’affection.

Je trouve très amusante leur manière de demander plusieurs fois aux amis qu’ils rencontrent comment ils vont. Hola ¿Cómo vas? ¿Qué más? ¿Y cómo va todo? ¿Todo bien?

Même au téléphone et même pour des raisons professionnels, ils ne vont pas droit au but, les formes de politesse sont importantes.

 

Appeler ou demander pour obtenir une information

Le réflexe des colombiens est de demander. Pour trouver leur chemin ou les horaires d’ouverture ils vont demander à un passant ou appeler le magasin. C’est finalement plutôt logique, au lieu de perdre son temps mieux vaut se renseigner auprès de ceux qui savent. De plus, les informations écrites ne sont pas forcément fiables parce que pas mises à jour régulièrement.

Même si j’ai pris l’habitude de vérifier avant de me rendre à quelque part, c’est un point qui me pose encore problème. En tant que Suisse, j’ai été éduqué à chercher par moi-même et ne pas faire perdre le temps des autres. Demander alors que l’information est disponible quelque part donne l’impression d’être paresseux ou incapable de se débrouiller. C’est toujours un petit conflit personnel quand ma conjointe colombienne ou un ami me dit de demander avant même d’avoir eu le temps de commencer à chercher. Quand malgré tout je me mets à chercher d’abord, je fais face à une incompréhension voire raillerie.

 

Pas d’alcool avec le repas

Les colombiens sont fêtards et lèvent le coude facilement. Mais pas à table.

Ils n’ont pas la culture du vin et vont préférer un jus de fruits, une aguapanela (eau de canne à sucre avec citron), une boisson gazeuse ou juste de l’eau pour accompagner leurs repas. Les choses changent, les vins argentins et chiliens deviennent accessibles et le choix augmente. De plus en plus de gens y prennent goût, aiment déguster et découvrir leurs préférences.

Sachez cependant que si vous offrez une bouteille à vos hôtes lors d’une invitation à dîner, ils vont très probablement la ranger et ne l’ouvriront pas pour cette occasion, simplement car ils auront déjà prévu les boissons. Pour ne pas être frustré de boire du Coca-Cola alors que vous avez amené une bonne bouteille de vin, prévenez vos hôtes lors de l’invitation ou à votre arrivée. Dites-leurs que vous aimeriez partager cette « tradition française » d’assortir le repas avec du vin.

 

Tout peut changer à la dernière minute

Organiser et anticiper n’ont pas la même signification. Les colombiens n’aiment pas décevoir et voient comme très impolis de refuser une invitation. Ils préféreront inventer une excuse de dernière minute pour justifier un retard ou une annulation pour rester en bons termes.

Plutôt que de voir cela comme seulement négatif il faut aussi voir les avantages. Les Européens, nous aimons tout prévoir et mettre les petits plats dans les grands, mais cela limite toute flexibilité. Une fête, un repas ou un voyage, même familial, même pour Noël, laisse la place ouverte à quiconque jusqu’à la dernière minute. Les plans ne seront pas bousculés et la spontanéité est appréciée.

 

La musique

Depuis l’Europe on pourrait penser que la musique en Colombie se limite à la Salsa et la Pop tropical de Shakira. C’est en connaissant les différentes régions du pays qu’on en découvre l’incroyable diversité. Le Vallenato et la Champeta sur la côte Caraïbe, avec aussi ses variantes de danse que sont le Mapalé et Bullerengue. Aussi bien sûr, la Cumbia. Le Reggaetón avec ses artistes de reconnaissance mondiale. Le Tango très présent à Medellín, à côté du Punk depuis les années 1990. La musique du Pacifique, qui trouve peu à peu un écho dans le reste du continent et même en Europe, a son festival spécialement dédié, le Petronio Álvarez. La musique Andine a aussi son festival, le Mono Nuñez. Les ensembles d’instruments à cordes ont leur capitale à Ibagué et présentent de nombreux concerts toute l’année.

Lire les liens utiles pour plus d’artistes colombiens.

 

La pauvreté

Les inégalités sont tellement grandes qu’il est fréquent de voir des gens dormant dans la rue ou des mendiants espérant recevoir quelques pièces des clients d’un café.

Il y a aussi beaucoup de travaux informels, pas déclarés et sans protection sociale. Recycleurs faisant les poubelles en recherche de verre, aluminium, papier, etc. Gardiens surveillant les véhicules garés à l’extérieur. Personnes annotant les temps de passage des bus de transport privés pour indiquer l’écart entre deux bus de la même ligne. Vendeurs de timbres administratifs pour éviter les files d’attentes. Vendeurs de fruits et légumes dans la rue. Tout peut s’acheter dans la rue en fait ; articles ménagers, électronique, mirroirs

Malgré la difficulté, ce ne sont pas ces gens-là qui génèrent de l’insécurité. Lire aussi La violence et l’insécurité en Colombie

 

Les motels

Ce sont des hôtels qu’on loue à l’heure pour les couples. La Colombie est un pays traditionnel et religieux, les parents n’acceptent pas que le copain ou la copine de leur enfant dorme à la maison. Les couples vont donc dans ces hôtels spécialement aménagé pour eux et il y en a pour tous les styles et thématiques.

Mais le nombre particulièrement élevé de ces motels démontre surtout l’infidélité des colombien(ne)s. Les aventures extraconjugales sont plutôt communes et les motels sont les refuges de ces rencontres interdites. D’ailleurs, les entrées des motels sont des garages pour ne pas laisser la voiture a la vue de tous ou ne pas risquer de se faire voir en attendant le taxi.

 

Le transport

C’est un point problématique, a tous les niveaux. Alors que les colombiens prennent leur temps pour tout, sur la route c’est exactement le contraire. Ils n’ont aucune patience, changent constamment de voies et ne se soucient que de ce qu’il y a en face d’eux. Il y a quoi donner des sueurs froides et encore plus avec l’augmentation exponentielle des motos qui se faufilent partout.

Les piétons doivent être prudents pour traverser une rue. Déjà, les passages zébrés ne sont pas respectés et une moto peut surgir entre deux voitures. Ne soyez pas surpris de voir les voitures se coller pare-choque contre pare-choque dans les bouchons, ne laissant pas le passage piétons libre.

La Colombie est un des rares pays au monde à ne pas avoir de voies ferrées. À part deux ou trois lignes encore en fonctionnement, toutes les marchandises transitent par camions ce qui surcharge un réseau routier encore sous-développé. Attendez-vous à trainer derrière eux dans les côtes, aucun ne se déportera sur une aire de repos pour laisser passer les voitures.

Mais ce qui peut surprendre le plus, c’est le droit de griller les feux après 23h. Même si il y a une caméra, elle ne prendra pas de photo car ce n’est plus une infraction. La raison est plutôt triste car c’est en fait une mesure de sécurité de ne pas s’immobiliser au milieu de la nuit.

 

Les journées

Comme la Colombie est proche de l’Équateur, il n’y a pas de saison. Du coup il n’y a pas (ou disons très peu) de variation des horaires de lever et coucher du soleil. Toute l’année le jour se lève à 6 heures et se couche à 18 heures.

Les saisons rythment la vie et les journées qui s’allongent favorisent les activités en plein air. Ce n’est plus le cas ici et facilement on ne prête plus attention au temps qui passe parce que la nature ne meurt et ne renaît pas.

 

Les marchés

Mais comme il n’y a justement pas de « saison morte » la nature est très généreuse toute l’année. Les marchés sont remplis d’une très grande variété de fruits et légumes. De tous les goûts et toutes les couleurs, ils sont généralement économiques.

 

Livraison

Tout est livrable à domicile. Que ce soit par les livreurs de l’établissement, les taxis ou les services professionnels comme Domicilios.com, Rappi ou Mensajeros Urbanos tout arrive en moins de 40 minutes (normalement). Les restaurants bien entendu, mais aussi les pharmacies et supermarchés offrent ce service.

 

Choc culturel en Colombie

Choc culturel en Colombie

Presque obligatoirement en allant s’établir dans un autre continent, on expérimente un choc culturel. Que l’expatriation soit temporaire ou définitive, en vivant au même rythme que la population d’un autre pays, nous passons par 3 phases ; l’émerveillement de découvrir une autre culture avec d’autres richesses, la frustration de ne pas être en accord avec certains aspects du nouveau mode de vie et l’adaptation qui nous amène à accepter un nouveau style et nous entraine à réfléchir comme les locaux.

Chaque phase a une durée variable, tout dépend de la sensibilité, capacité d’adaptation et expérience de vie propre à chacun. D’ailleurs le processus peut aussi être interrompu dans le cas d’un retour anticipé.

 

Généralement on s’attend à un choc culturel en arrivant en Colombie depuis l’Europe mais sans pouvoir en anticiper les raisons. En surface beaucoup de choses sont communes ; une langue latine comme le français, une même religion catholique, une cuisine très accessible avec des ingrédients connus, une constitution inspirée de la constitution française, des musiques largement diffusées internationalement, mais dans le fond les différences existent. Personnellement la deuxième phase m’est arrivée presque 3 ans seulement après mon installation et a duré un peu plus d’une année avant de m’adapter pleinement.

 

1ère phase

En fait, je connaissais déjà bien la Colombie pour y avoir passé 4 mois en 2003, puis y être revenu de nombreuses fois avant de m’y établir. J’avais donc déjà des amis, je parlais suffisamment bien la langue, je dansais également la salsa et avais déjà plutôt l’habitude de me débrouiller à l’étranger. J’ai pu profiter assez longuement de ma phase d’émerveillement. Pour la premièrement fois je devenais entrepreneur indépendant, je n’avais plus de patron ni d’horaires. J’appréciais de vivre l’été toute l’année, avec les fenêtres grandes ouvertes jour et nuit. Des produits frais toute l’année également, notamment des fruits chaque jour. Des plats du jour bon marché dans mon quartier. Les gens chaleureux et enthousiastes.

Certaines personnes sont rapidement affectées et déstabilisées par la pauvreté visible, les indigentes qui dorment dans la rue, les recycleurs qui fouillent les poubelles, les mendiants qui accostent les clients des restaurants. Le bruit de la circulation ou la musique trop forte peuvent devenir vite pesants aussi. L’effort de parler une autre langue plus longtemps que juste pendant les vacances peut devenir frustrant, à devoir se répéter constamment ou à l’inverse faire répéter, ne pas comprendre les blagues. Ces tracas du quotidien peuvent déjà provoquer un choc, encore plus en arrivant seul. Ce n’était donc pas mon cas, j’étais déjà préparé à cette facette du pays.

 

Je travaillais dans le tourisme médical et mes clients étaient occidentaux, donc là aussi je n’étais pas spécialement confronté aux aspects plus pénibles du monde professionnel. Par exemple le manque de ponctualité, recevoir une réponse positive alors que réellement elle est négative, se confronter aux exigences d’un marché aux règles différentes. Je profitais aux contraire de l’enthousiasme des colombiens pour l’entrepreneuriat, d’autant plus que je promouvais un secteur qui est source de fierté pour le pays.

Le travail peut déclencher un choc culturel, par rapport aux conditions bien différentes. Il y a peu de protection sociale, souvent les contrats sont à durée limitée, même pour les professeurs d’universités à un semestre ou une année, les heures de présence avec des semaines à 48 heures et seulement 2 semaines de vacances par an. Le monde professionnel colombien a plutôt tendance à favoriser la présence à la productivité, qui est exactement la logique inverse de l’Europe. La France octroie le droit à la déconnexion, un employé n’est pas obligé de consulter ses emails ou répondre à une sollicitude en dehors des heures de bureau, ce qui est mal perçu ici.

 

2ème phase

En fait, mon choc culturel est arrivé à la suite de plusieurs changements. J’étais redevenu célibataire après un an et demi d’une relation très compliquée et souvent irrationnelle. Je plafonnais avec le tourisme médical et avais décidé de passer à autre chose. J’avais lancé un agenda culturel et avais des difficultés à le faire connaître et trouver des clients.

Bref, le choc est arrivé en me rendant compte que ma méthode n’était pas efficace et que je devais me remettre en question, tant sur le plan privé que professionnel. En faisant cette démarche, en cherchant à comprendre mes erreurs, j’ai aussi été confronté à ma méconnaissance de la société colombienne. Il y a des règles de langage, d’apparence, de projection que je ne maitrisais pas et l’enthousiasme des colombiens masquait surtout une gêne de m’expliquer que je me trompais. Il me semblait alors que la forme primait sur le fond, que le superficiel comptait plus que la valeur réelle, que la confiance est un luxe qui ne se donne pas et que l’hypocrisie passe avant tout.

 

Il m’a fallu bien une année pour connaître les nouvelles règles et m’adapter. Par exemple, je visitais les hôtels de la ville pour leurs laisser de la publicité et je faisais la tournée à vélo. Ce qui pour un européen donnerait une image sportive, dynamique, saine, écologique mais surtout efficace et économique est vue comme pauvre et déstructuré par un colombien. Il aurait fallu aller en voiture habillé en businessman, quitte à prendre le double du temps et dépenser de l’argent en stationnement, pour projeter une image de grande entreprise. C’est aussi une manière de démontrer une plus grande stabilité, face aux petits entrepreneurs qui apparaissent et disparaissent. Mais ça, personne n’avait osé me le dire avant, seulement après avoir arrêté de le faire. J’ai aussi fait lire des emails et demandé si la forme était correcte, pour finalement apprendre que certaines tournures de phrase n’étaient pas appropriées, qu’elles semblaient froides, autoritaires, trop directes. Ce n’était évidemment pas le but et un colombien, même mis en copie, ne va pas spontanément le signaler par crainte d’offenser.

Au niveau personnel, je me suis même remis en couple plus tard avec la personne pour malheureusement voir que les beaux discours ne changent rien et qu’il faut accepter de voir les gens comme ils sont réellement pour pouvoir tourner définitivement la page.

 

3ème phase

Encore maintenant je peux commettre des erreurs mais au moins cette période de doute, d’incompréhension et de frustration est passée et j‘ai pu entrer dans la troisième phase. J’ai accepté que tout ne va pas fonctionner à ma manière et que je doive m’adapter.

 

Le terme choc culturel englobe finalement beaucoup d’aspects, de causes et de raisons. C’est important de savoir qu’il peut arriver très tôt ou très tard, je crois même qu’il peut arriver plusieurs fois, et qu’il est bon de ne pas s’isoler et de le partager avec son entourage. Le plus probable est que d’autres expatriés aient leurs expériences à partager.