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Les choses les plus surprenantes pour un Français en Colombie

Les choses les plus surprenantes pour un Français en Colombie

Pour un Européen vivant en Colombie, ou même de passage, il y a plusieurs choses qui peuvent surprendre sur la mentalité colombienne ou la vie quotidienne. Voilà les choses auxquels on se confronte régulièrement, certains aspects sont amusants, d’autres plus difficiles.

Sur le même sujet, lisez mon expérience du choc culturel.

 

L’amabilité

On pourrait penser que des décennies de violence rendraient les colombiens durs et froids, mais c’est en fait tout le contraire. Ils sont très aimables et courtois, les formes de politesse sont très importantes au moment de saluer ou dire au revoir. Les colombiens peuvent très facilement tutoyer une personne qu’ils viennent de connaître par sympathie et vouvoyer un proche comme marque de respect et d’affection.

Je trouve très amusante leur manière de demander plusieurs fois aux amis qu’ils rencontrent comment ils vont. Hola ¿Cómo vas? ¿Qué más? ¿Y cómo va todo? ¿Todo bien?

Même au téléphone et même pour des raisons professionnels, ils ne vont pas droit au but, les formes de politesse sont importantes.

 

Appeler ou demander pour obtenir une information

Le réflexe des colombiens est de demander. Pour trouver leur chemin ou les horaires d’ouverture ils vont demander à un passant ou appeler le magasin. C’est finalement plutôt logique, au lieu de perdre son temps mieux vaut se renseigner auprès de ceux qui savent. De plus, les informations écrites ne sont pas forcément fiables parce que pas mises à jour régulièrement.

Même si j’ai pris l’habitude de vérifier avant de me rendre à quelque part, c’est un point qui me pose encore problème. En tant que Suisse, j’ai été éduqué à chercher par moi-même et ne pas faire perdre le temps des autres. Demander alors que l’information est disponible quelque part donne l’impression d’être paresseux ou incapable de se débrouiller. C’est toujours un petit conflit personnel quand ma conjointe colombienne ou un ami me dit de demander avant même d’avoir eu le temps de commencer à chercher. Quand malgré tout je me mets à chercher d’abord, je fais face à une incompréhension voire raillerie.

 

Pas d’alcool avec le repas

Les colombiens sont fêtards et lèvent le coude facilement. Mais pas à table.

Ils n’ont pas la culture du vin et vont préférer un jus de fruits, une aguapanela (eau de canne à sucre avec citron), une boisson gazeuse ou juste de l’eau pour accompagner leurs repas. Les choses changent, les vins argentins et chiliens deviennent accessibles et le choix augmente. De plus en plus de gens y prennent goût, aiment déguster et découvrir leurs préférences.

Sachez cependant que si vous offrez une bouteille à vos hôtes lors d’une invitation à dîner, ils vont très probablement la ranger et ne l’ouvriront pas pour cette occasion, simplement car ils auront déjà prévu les boissons. Pour ne pas être frustré de boire du Coca-Cola alors que vous avez amené une bonne bouteille de vin, prévenez vos hôtes lors de l’invitation ou à votre arrivée. Dites-leurs que vous aimeriez partager cette « tradition française » d’assortir le repas avec du vin.

 

Tout peut changer à la dernière minute

Organiser et anticiper n’ont pas la même signification. Les colombiens n’aiment pas décevoir et voient comme très impolis de refuser une invitation. Ils préféreront inventer une excuse de dernière minute pour justifier un retard ou une annulation pour rester en bons termes.

Plutôt que de voir cela comme seulement négatif il faut aussi voir les avantages. Les Européens, nous aimons tout prévoir et mettre les petits plats dans les grands, mais cela limite toute flexibilité. Une fête, un repas ou un voyage, même familial, même pour Noël, laisse la place ouverte à quiconque jusqu’à la dernière minute. Les plans ne seront pas bousculés et la spontanéité est appréciée.

 

La musique

Depuis l’Europe on pourrait penser que la musique en Colombie se limite à la Salsa et la Pop tropical de Shakira. C’est en connaissant les différentes régions du pays qu’on en découvre l’incroyable diversité. Le Vallenato et la Champeta sur la côte Caraïbe, avec aussi ses variantes de danse que sont le Mapalé et Bullerengue. Aussi bien sûr, la Cumbia. Le Reggaetón avec ses artistes de reconnaissance mondiale. Le Tango très présent à Medellín, à côté du Punk depuis les années 1990. La musique du Pacifique, qui trouve peu à peu un écho dans le reste du continent et même en Europe, a son festival spécialement dédié, le Petronio Álvarez. La musique Andine a aussi son festival, le Mono Nuñez. Les ensembles d’instruments à cordes ont leur capitale à Ibagué et présentent de nombreux concerts toute l’année.

Lire les liens utiles pour plus d’artistes colombiens.

 

La pauvreté

Les inégalités sont tellement grandes qu’il est fréquent de voir des gens dormant dans la rue ou des mendiants espérant recevoir quelques pièces des clients d’un café.

Il y a aussi beaucoup de travaux informels, pas déclarés et sans protection sociale. Recycleurs faisant les poubelles en recherche de verre, aluminium, papier, etc. Gardiens surveillant les véhicules garés à l’extérieur. Personnes annotant les temps de passage des bus de transport privés pour indiquer l’écart entre deux bus de la même ligne. Vendeurs de timbres administratifs pour éviter les files d’attentes. Vendeurs de fruits et légumes dans la rue. Tout peut s’acheter dans la rue en fait ; articles ménagers, électronique, mirroirs

Malgré la difficulté, ce ne sont pas ces gens-là qui génèrent de l’insécurité. Lire aussi La violence et l’insécurité en Colombie

 

Les motels

Ce sont des hôtels qu’on loue à l’heure pour les couples. La Colombie est un pays traditionnel et religieux, les parents n’acceptent pas que le copain ou la copine de leur enfant dorme à la maison. Les couples vont donc dans ces hôtels spécialement aménagé pour eux et il y en a pour tous les styles et thématiques.

Mais le nombre particulièrement élevé de ces motels démontre surtout l’infidélité des colombien(ne)s. Les aventures extraconjugales sont plutôt communes et les motels sont les refuges de ces rencontres interdites. D’ailleurs, les entrées des motels sont des garages pour ne pas laisser la voiture a la vue de tous ou ne pas risquer de se faire voir en attendant le taxi.

 

Le transport

C’est un point problématique, a tous les niveaux. Alors que les colombiens prennent leur temps pour tout, sur la route c’est exactement le contraire. Ils n’ont aucune patience, changent constamment de voies et ne se soucient que de ce qu’il y a en face d’eux. Il y a quoi donner des sueurs froides et encore plus avec l’augmentation exponentielle des motos qui se faufilent partout.

Les piétons doivent être prudents pour traverser une rue. Déjà, les passages zébrés ne sont pas respectés et une moto peut surgir entre deux voitures. Ne soyez pas surpris de voir les voitures se coller pare-choque contre pare-choque dans les bouchons, ne laissant pas le passage piétons libre.

La Colombie est un des rares pays au monde à ne pas avoir de voies ferrées. À part deux ou trois lignes encore en fonctionnement, toutes les marchandises transitent par camions ce qui surcharge un réseau routier encore sous-développé. Attendez-vous à trainer derrière eux dans les côtes, aucun ne se déportera sur une aire de repos pour laisser passer les voitures.

Mais ce qui peut surprendre le plus, c’est le droit de griller les feux après 23h. Même si il y a une caméra, elle ne prendra pas de photo car ce n’est plus une infraction. La raison est plutôt triste car c’est en fait une mesure de sécurité de ne pas s’immobiliser au milieu de la nuit.

 

Les journées

Comme la Colombie est proche de l’Équateur, il n’y a pas de saison. Du coup il n’y a pas (ou disons très peu) de variation des horaires de lever et coucher du soleil. Toute l’année le jour se lève à 6 heures et se couche à 18 heures.

Les saisons rythment la vie et les journées qui s’allongent favorisent les activités en plein air. Ce n’est plus le cas ici et facilement on ne prête plus attention au temps qui passe parce que la nature ne meurt et ne renaît pas.

 

Les marchés

Mais comme il n’y a justement pas de « saison morte » la nature est très généreuse toute l’année. Les marchés sont remplis d’une très grande variété de fruits et légumes. De tous les goûts et toutes les couleurs, ils sont généralement économiques.

 

Livraison

Tout est livrable à domicile. Que ce soit par les livreurs de l’établissement, les taxis ou les services professionnels comme Domicilios.com, Rappi ou Mensajeros Urbanos tout arrive en moins de 40 minutes (normalement). Les restaurants bien entendu, mais aussi les pharmacies et supermarchés offrent ce service.

 

La société colombienne en plein changement

La société colombienne en plein changement

La Colombie a une histoire singulière et les nombreux changements qu’opère le pays influence sa population. Depuis ma première visite en 2003 et encore plus depuis que j’y vis, je remarque peu à peu des changements majeurs de la société et une évolution des préoccupations. Le pays est passé en quelques années seulement de destination pas recommandable à destination immanquable, et suscite une grande curiosité. Le monde semble à peine découvrir les colombiens, ceux du peuple et pas ceux qui font les grands titres des journaux. Je voulais donc partager mes observations sur de récents évènements qui démontrent ce changement de la société et qui est très encourageant pour le futur.

Pendant quelques décennies la Colombie était repliée sur elle-même à cause de tous ses problèmes de violence et d’inégalités. Mais au fur et à mesure que la violence baisse, qu’il est plus accessible de voyager à l’intérieur du pays mais aussi à l’extérieur, que la classe moyenne augmente, la population se soucie et milite pour son bien-être. La grande différence est que maintenant la population ose se faire entendre et s’en donne les moyens.

 

Cause animale

Le premier changement que j’ai observé est la cause animale. Avant 2010 on entendait peu de gens se plaindre des corridas qui étaient très populaires. Nombres de ferias taurines avaient lieu et les meilleurs toreros du monde se présentaient à Bogotá, Cali, Medellín ou Manizales entre autres. On voyait même des arènes de combats de coqs où pariaient les gens. Cependant, peu à peu des manifestations contre les corridas s’organisaient pour en démontrer la honte et la cruauté. Il y a des appels à interdire l’organisation de tels évènements. Les réactions furent par exemple plutôt violentes à Bogotá en début d’année 2017 suite à la reprise de la feria, qui avait été interdite depuis 2012 par l’ancien maire. Ceux qui brandissent l’argument de la tradition culturelle sont vus comme dépassés et les ferias peinent maintenant à attirer des spectateurs.

Je remarque aussi l’augmentation constante de gens qui adoptent des chats ou chiens de la rue, envoie des messages sur les réseaux sociaux pour encourager d’autres à le faire ou donner de la nourriture. Les cas de violence contre les animaux sont dénoncés, comme par exemple le cas d’une famille ayant publié des photos sur Facebook maltraitant un chien des buissons. La nouvelle loi 1774 de Janvier 2016 reconnait enfin les animaux comme êtres vivants et sanctionnent les mauvais traitements d’amendes et jusqu’à 3 ans de prison.

 

Écologie

Un sujet qui tient beaucoup à cœur à de nombreux colombiens est la préservation de la nature. Avec la deuxième biodiversité la plus grande au monde, après le Brésil, nombreux sites exceptionnels sont malheureusement régulièrement menacés par l’exploitation minière et autres intérêts économiques. Le premier cas que j’ai pu observer, en 2011, fut une mobilisation sur internet contre le projet de construction d’un complexe écotouristique de luxe dans le parc naturel de Tayrona. Le projet du groupe thaïlandais Six Senses avait même été annoncé par le président Santos mais suite à l’intervention du ministère de l’environnement et des tribus indigènes, le projet a été suspendu. Le projet, nommé depuis Los Ciruelos, a été grandement modifié et pourrait peut-être quand même se faire mais sans l’ampleur et l’ambition originales. Affaire à suivre.

Caño Cristales

Un cas similaire a eu lieu en Avril 2016 pour une concession minière délivrée à une entreprise américaine, très proche du site exceptionnel de Caño Cristales, la rivière au sept couleurs. Suite à une forte mobilisation sur internet et de journalistes, la concession attribuée par l’agence nationale des permis environnementaux (ANLA) a été retirée par décision du président Santos. La société américaine cherche maintenant à porter l’affaire aux tribunaux pour obtenir des compensations financières.

Jusqu’il y a peu, le déboisement n’attirait pas trop l’attention du grand public. C’est pourtant un des nouveaux défis majeurs de la Colombie. Les départements d’Amazonie sont les plus touchés parmi les 6.5 millions d’hectares déboisés dans tout le pays durant ces 26 dernières années au profit d’espace pour le bétail, l’agriculture ou juste pour s’approprier des terres. Cependant les informations sur le réchauffement climatique et les drames liés aux éboulements, notamment à Mocoa, font prendre conscience de l’importance des arbres. De plus en plus, les colombiens cherchent à éviter des coupes d’arbres qu’ils n’estiment pas nécessaire. La mairie de Cali par exemple a dû renoncer à couper 43 arbres pour augmenter l’espace disponible à l’installation de gradins supplémentaires pour la feria de Cali. Des citoyens s’étaient même enchaînés aux arbres arguant que la ville en manque déjà trop par rapport à son nombre d’habitants.

Foto: El Tiempo

Bien sûr, les réseaux sociaux et les mobilisations populaires ne réussissent pas à elles-seules à inverser les tendances, il faut l’intervention de journalistes, politiciens, ONG, activistes et défenseurs sociaux pour obtenir un vrai résultat. Mais ces actions démontrent que les simples citoyens se sentent concernés, ils cherchent de plus en plus à faire entendre leurs droits et prendre le destin de leurs villes et leur pays en main.

 

Impunité

L’époque où l’argent achetait tout même la justice semble se terminer. Un cas très marquant fut l’enlèvement, viol et assassinat de Yuliana Samboni, âgée de 7 ans, par Rafael Uribe Noguera en Décembre 2016. La police a rapidement repéré le principal suspect et retrouvé le corps après que les parents ont déclaré la disparition. Dès le lendemain que l’affaire est sortie dans les journaux, la population est descendue dans la rue pour réclamer justice, d’autant plus que les frères et sœur du suspect étaient impliqués en tentant de faire disparaître les traces du crime. Bien que la famille fasse partie de la haute société de Bogotá, le coupable a été condamné à 51 ans de prison. La grande mobilisation a permis d’attirer l’attention sur tous les cas de violence envers les enfants et plus généralement sur la population défavorisée.

#OjosEnTodasPartes

Un très grand nombre de cas restent encore impunis malheureusement et ne sortent pas à la lumière. Le travail est encore grand mais au moins le message est passé que personne ne peut se soustraire à la justice grâce à son seul nom ou relation. Dans un pays avec des écarts d’égalité tellement grand, beaucoup pensent pouvoir s’en sortir d’une phrase magique ¿Usted no sabe quién soy yo? (Vous ne savez pas qui je suis?). Mais les cas de plus en plus souvent enregistrés par caméras de la police ou téléphones de citoyen pointent le doigt sur ce problème de société que la population ne tolère plus.

 

Le machisme et le féminicide

Le machisme en Colombie a encore de beaux jours devant lui, avec tout ce qui entraîne de valorisation de l’infidélité, de sorties entre copains pendant que la femme reste à la maison avec les enfants, de commentaires déplacés et d’inégalités de salaires.

Cependant nombreux cas de féminicide sont relayés par la population et appellent à la justice. Toutes les classes de la société sont touchées, comme par exemple une jeune avocate à Popayán brutalisée sans raison par son copain, et encouragent d’autres victimes de cas similaires à ne pas se taire. Les autorités prennent ce problème très au sérieux et ont durcis les peines reconnue comme féminicide avec sa loi 1761 de Juillet 2015.

La Colombie a aussi le triste record du plus grand nombres d’attaques d’acide, seulement derrière le Pakistan et le Bangladesh. Les attaques longtemps passées sous silence, le cas très médiatisé de Natalia Ponce de León en Mars 2014 a alerté la population et les autorités sur ce problème qui touche principalement les femmes. Une nouvelle loi 1773 de Janvier 2016 condamne jusqu’à 30 ans de prison le coupable et jusqu’à 50 ans si l’attaque est contre une femme ou un enfant.

Malgré le machisme et les difficultés auxquels les homosexuels se confrontent, la Colombie reconnait le mariage homosexuel depuis Avril 2016. Une union donnant certains droits était déjà reconnue depuis 2007 mais laissait un vide juridique. Fait historique, en Juin 2017, la Colombie a même reconnu légalement le mariage de trois hommes, inventant un nouveau mot au passage; trieja.

 

Épilogue

Cet article ne cite finalement que des évènements et faits divers pour essayer de valider mon point de vue, celui que la Colombie progresse a tous niveaux. Je pourrais développer encore d’autres thèmes, comme quand les colombiens défient la religion, critique la doble moral, s’insurgent contre la glorification de Pablo Escobar ou Popeye, ancien capo de cartel, et encouragent plutôt à connaître les scientifiques et inventeurs nationaux comme vrais héros.

On remarque cependant que le pays avait un retard au niveau juridique et tente maintenant de le combler. De nombreuses lois sont actualisées ou crées pour répondre aux besoins de la société, comme encore les lois 1409 de 2012 et 1111 de 2017 pour la protection des employés en terme de sécurité physique.

Le travail est encore énorme, le chemin encore long, la vie est très dure pour une grande partie de la population. Il faudra encore beaucoup de ténacité pour arriver à une qualité de vie suffisamment bonne pour l’ensemble de la population, surtout quand une partie de la classe aisée cherche à maintenir une population malléable et corvéable à souhait. Cependant beaucoup de gens travaillent à rendre leur pays meilleur et au milieu de la morosité que traverse le monde occidental, c’est finalement très excitant et encourageant de voir l’évolution positive de la Colombie.

Choc culturel en Colombie

Choc culturel en Colombie

Presque obligatoirement en allant s’établir dans un autre continent, on expérimente un choc culturel. Que l’expatriation soit temporaire ou définitive, en vivant au même rythme que la population d’un autre pays, nous passons par 3 phases ; l’émerveillement de découvrir une autre culture avec d’autres richesses, la frustration de ne pas être en accord avec certains aspects du nouveau mode de vie et l’adaptation qui nous amène à accepter un nouveau style et nous entraine à réfléchir comme les locaux.

Chaque phase a une durée variable, tout dépend de la sensibilité, capacité d’adaptation et expérience de vie propre à chacun. D’ailleurs le processus peut aussi être interrompu dans le cas d’un retour anticipé.

 

Généralement on s’attend à un choc culturel en arrivant en Colombie depuis l’Europe mais sans pouvoir en anticiper les raisons. En surface beaucoup de choses sont communes ; une langue latine comme le français, une même religion catholique, une cuisine très accessible avec des ingrédients connus, une constitution inspirée de la constitution française, des musiques largement diffusées internationalement, mais dans le fond les différences existent. Personnellement la deuxième phase m’est arrivée presque 3 ans seulement après mon installation et a duré un peu plus d’une année avant de m’adapter pleinement.

 

1ère phase

En fait, je connaissais déjà bien la Colombie pour y avoir passé 4 mois en 2003, puis y être revenu de nombreuses fois avant de m’y établir. J’avais donc déjà des amis, je parlais suffisamment bien la langue, je dansais également la salsa et avais déjà plutôt l’habitude de me débrouiller à l’étranger. J’ai pu profiter assez longuement de ma phase d’émerveillement. Pour la premièrement fois je devenais entrepreneur indépendant, je n’avais plus de patron ni d’horaires. J’appréciais de vivre l’été toute l’année, avec les fenêtres grandes ouvertes jour et nuit. Des produits frais toute l’année également, notamment des fruits chaque jour. Des plats du jour bon marché dans mon quartier. Les gens chaleureux et enthousiastes.

Certaines personnes sont rapidement affectées et déstabilisées par la pauvreté visible, les indigentes qui dorment dans la rue, les recycleurs qui fouillent les poubelles, les mendiants qui accostent les clients des restaurants. Le bruit de la circulation ou la musique trop forte peuvent devenir vite pesants aussi. L’effort de parler une autre langue plus longtemps que juste pendant les vacances peut devenir frustrant, à devoir se répéter constamment ou à l’inverse faire répéter, ne pas comprendre les blagues. Ces tracas du quotidien peuvent déjà provoquer un choc, encore plus en arrivant seul. Ce n’était donc pas mon cas, j’étais déjà préparé à cette facette du pays.

 

Je travaillais dans le tourisme médical et mes clients étaient occidentaux, donc là aussi je n’étais pas spécialement confronté aux aspects plus pénibles du monde professionnel. Par exemple le manque de ponctualité, recevoir une réponse positive alors que réellement elle est négative, se confronter aux exigences d’un marché aux règles différentes. Je profitais aux contraire de l’enthousiasme des colombiens pour l’entrepreneuriat, d’autant plus que je promouvais un secteur qui est source de fierté pour le pays.

Le travail peut déclencher un choc culturel, par rapport aux conditions bien différentes. Il y a peu de protection sociale, souvent les contrats sont à durée limitée, même pour les professeurs d’universités à un semestre ou une année, les heures de présence avec des semaines à 48 heures et seulement 2 semaines de vacances par an. Le monde professionnel colombien a plutôt tendance à favoriser la présence à la productivité, qui est exactement la logique inverse de l’Europe. La France octroie le droit à la déconnexion, un employé n’est pas obligé de consulter ses emails ou répondre à une sollicitude en dehors des heures de bureau, ce qui est mal perçu ici.

 

2ème phase

En fait, mon choc culturel est arrivé à la suite de plusieurs changements. J’étais redevenu célibataire après un an et demi d’une relation très compliquée et souvent irrationnelle. Je plafonnais avec le tourisme médical et avais décidé de passer à autre chose. J’avais lancé un agenda culturel et avais des difficultés à le faire connaître et trouver des clients.

Bref, le choc est arrivé en me rendant compte que ma méthode n’était pas efficace et que je devais me remettre en question, tant sur le plan privé que professionnel. En faisant cette démarche, en cherchant à comprendre mes erreurs, j’ai aussi été confronté à ma méconnaissance de la société colombienne. Il y a des règles de langage, d’apparence, de projection que je ne maitrisais pas et l’enthousiasme des colombiens masquait surtout une gêne de m’expliquer que je me trompais. Il me semblait alors que la forme primait sur le fond, que le superficiel comptait plus que la valeur réelle, que la confiance est un luxe qui ne se donne pas et que l’hypocrisie passe avant tout.

 

Il m’a fallu bien une année pour connaître les nouvelles règles et m’adapter. Par exemple, je visitais les hôtels de la ville pour leurs laisser de la publicité et je faisais la tournée à vélo. Ce qui pour un européen donnerait une image sportive, dynamique, saine, écologique mais surtout efficace et économique est vue comme pauvre et déstructuré par un colombien. Il aurait fallu aller en voiture habillé en businessman, quitte à prendre le double du temps et dépenser de l’argent en stationnement, pour projeter une image de grande entreprise. C’est aussi une manière de démontrer une plus grande stabilité, face aux petits entrepreneurs qui apparaissent et disparaissent. Mais ça, personne n’avait osé me le dire avant, seulement après avoir arrêté de le faire. J’ai aussi fait lire des emails et demandé si la forme était correcte, pour finalement apprendre que certaines tournures de phrase n’étaient pas appropriées, qu’elles semblaient froides, autoritaires, trop directes. Ce n’était évidemment pas le but et un colombien, même mis en copie, ne va pas spontanément le signaler par crainte d’offenser.

Au niveau personnel, je me suis même remis en couple plus tard avec la personne pour malheureusement voir que les beaux discours ne changent rien et qu’il faut accepter de voir les gens comme ils sont réellement pour pouvoir tourner définitivement la page.

 

3ème phase

Encore maintenant je peux commettre des erreurs mais au moins cette période de doute, d’incompréhension et de frustration est passée et j‘ai pu entrer dans la troisième phase. J’ai accepté que tout ne va pas fonctionner à ma manière et que je doive m’adapter.

 

Le terme choc culturel englobe finalement beaucoup d’aspects, de causes et de raisons. C’est important de savoir qu’il peut arriver très tôt ou très tard, je crois même qu’il peut arriver plusieurs fois, et qu’il est bon de ne pas s’isoler et de le partager avec son entourage. Le plus probable est que d’autres expatriés aient leurs expériences à partager.