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Le pétrole en Colombie

Le pétrole en Colombie

La Colombie est producteur de pétrole et une part non-négligeable de son économie en dépend. C’était très flagrant en 2014 quand le prix du baril a chuté, entrainant avec lui le peso COP qui a perdu près de 50% de sa valeur en seulement 12 mois (Août 2014 – Août 2015).

Voilà un aperçu de la situation, avec une description de la production, de la consommation et surtout l’explication des prix si élevés.

Pour information, l’unité de baril de pétrole équivaut à 159 litres.

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Un peu d’histoire

Dès l’arrivée des espagnoles, le conquistador Gonzalo Jiménez de Quesada, fondateur de Bogotá, remarquait que les indigènes du fleuve Magdalena utilisaient un liquide noir pour imperméabiliser les embarcations, allumer leurs fours et même comme onguent contre la fatigue musculaire.

Alors que le premier puits de pétrole au monde a été foré en 1859 en Pennsylvanie, États-Unis, le premier en Colombie fut en 1883 proche de Barranquilla. La production était alors de 50 barils par jour. En 1909 s’ouvrait la première raffinerie à Carthagène.

La loi colombienne détermine que les sous-sols et les matières premières qui s’y trouvent appartiennent à l’état, indépendamment des titres de propriété des terres. L’exploitation peut être réalisée par des privés au moyen de concessions. La toute première fut octroyée à Jorge Isaacs, l’auteur de la célèbre œuvre de littérature romantique María, qui avait trouvé un gisement alors qu’il recherchait du charbon.

Cependant la première exploitation en tant que telle a démarré en 1918 par Roberto de Mares et différents associés. Ils fondèrent la Tropical Oil Company pour exploiter le gisement de Infantas, tout proche de Barrancabermeja, là où le conquistador Jiménez de Quesada avait observé les indigènes. Une raffinerie y fut construite en 1922 avec une capacité initiale de 2’000 barils par jour. Cette compagnie faisait devenir la Colombie un pays exportateur en 1926, lorsqu’elle débutait ses envois par bateau aux États-Unis.

Plusieurs puits ont été forés et d’autres champs pétrolifères ont été découvert ; La Cira, Casabe, Velásquez, Tibú, Llanito, …

Champ petrolifère Campo Rubiales

Ecopetrol

Les concessions étaient attribuées pour une durée de 50 ans. L’investissement de construction des installations et l’exploitation étaient à la charge du concessionnaire qui devait également reverser 11% des recettes. En 1951, Ecopetrol a été fondée en vue de reprendre les gisements exploités par De Mares qui allaient arriver en fin de période.

Par la suite, Ecopetrol continuait à octroyer des concessions à des compagnies étrangères (américaines, françaises, britanniques, chiliennes) pour l’exploration et l’extraction. Cependant l’obtention était compliquée et les difficultés nombreuses, comme le manque d’infrastructure, la difficulté d’accès des régions amazoniennes et les problèmes de sécurité à cause des guérillas. De plus, le gouvernement colombien surestimait grandement les réserves des puits déjà existants, ne voyant donc pas la nécessité de développer l’activité pétrolière à plus grande échelle.

La Colombie était alors décrite comme un pays avec du pétrole mais pas un pays pétrolier.

 

Crise mondiale

Une première alerte se déclarait en 1969 quand une étude déterminait que les réserves ne suffiraient que jusqu’à 1973. Une nouvelle loi fut créée pour faciliter l’exploration mais arrivait trop tard, quand la crise pétrolière mondiale éclatait en 1974. La Colombie ne produisait quasiment plus et était devenu nettement importateur alors que les prix explosait. Cette même année, Ecopetrol recevait pourtant la raffinerie de Carthagène et le principal site pétrolier de la concession Barco, les deux en fin de concession.

Champ petrolifère Caño Limón

1983, l’entreprise étatsunienne Occidental Petroleum découvrit le champ pétrolifère Caño Limón, avec des réserves estimée à 1’100 millions de barils. Le pétrole est acheminé jusqu’au port de Coveñas dès 1986 au moyen d’un oléoduc de 780kms de long, faisant redevenir la Colombie sur le marché comme exportateur. L’oléoduc fait par contre régulièrement les frais d’attaques par les guérillas. 2001 était la pire année, avec 170 attaques qui l’ont mis hors service pendant 266 jours.

Les années suivantes, d’autres champs ont été découverts, comme les énormes réserves du champ de Cusiana en 1988 et voisin du champ de Cupiagua découvert en 1992. C’est malgré tout assez peu, ceci à cause d’une politique peu judicieuse. En effet, les concessions offraient des revenus plutôt bas aux exploitants, surtout en comparaison avec d’autres pays, avec en outre des problèmes de sécurité largement supérieurs. En fait, la priorité avait toujours été donnée au café comme principale ressource d’exportation.

 

Le renouveau

Tout cela change en 2003 avec la création de l’Agence Nationale d’Hydrocarbure. Cette agence régule les rentes générées par les concessions, gère les réserves et conseille le gouvernement sur les mesures à prendre. En fait, elle a surtout éliminé le conflit d’intérêt que générait la position de monopole d’Ecopetrol, qui cumulait le rôle d’exploitant et de régulateur national.

Les mesures plus favorables couplées à une amélioration de la sécurité attirent depuis de nouveaux exploitants.

Source principale : Historia del oro negro

 

La production

La Colombie s’est maintenant placée en 4ème position des pays producteurs en Amérique latine, derrière le Venezuela, le Mexique et le Brésil. Elle est 19ème au niveau mondial, représentant 1,2% de la production. En 2010, le pétrole représentait le 40% des produits d’exportations du pays et plutôt autour de 32% aujourd’hui (chiffres pour 2016). En 2015, la production atteignait son niveau maximum avec 1 million de barils par jour, redescendu depuis aux alentours de 885’000.

Le pays compte 450 champs pétrolifères, mais le 66% de l’extraction provient de justes 20 champs (voir la carte). Les réserves ont été estimées à encore 1.6 milliards de barils ce qui, au rythme actuel, permet une production pour encore 5 ans seulement. À moins de trouver de nouveaux gisements très prochainement, le pays repassera alors à importer du pétrole. Les études internationales estiment la disponibilité de découvrir d’autres champs avec des réserves entre 10 et 20 milliards de barils mais dans des zones plus reculées, plus difficilement exploitables.

La production a aussi toujours connu des pertes à cause d’attentats terroristes. Pour l’année 2017, c’était 1.6 millions de barils perdus, ce qui représentaient quand même environ 100 millions de dollars.

 

Les revenus du pétrole

Les revenus du pétrole sont une part non négligeable du PIB, comptant pour 5-6% environ.

 

Le PIB colombien a fortement augmenté, passant de 94.7 milliards de USD en 2003 à 380 milliards en 2013. Les revenus du pétrole comptant toujours entre 4 et 6% du PIB, cela signifie une augmentation constante des revenus. D’une part, cela provient de l’augmentation de la production mais aussi du cours du baril. En pesos, les revenus représentaient environ 25’000 millions par an reversés par Ecopetrol, plus 6’000 millions de revenus des concessionnaires.


Mais tout ça était avant 2015. La chute du cours du baril sur le marché international a provoqué une crise parmi les pays exportateurs. Le prix a passé de 110 USD le baril à 45 USD en moins d’un an. Le PIB colombien redescendait à 280 milliards USD et la part du pétrole ne comptant plus que pour 2%. La monnaie nationale (COP) suivait cette chute en perdant presque 50% de sa valeur, passant de 1’880 à 3’100 pesos pour 1 dollar.

Les revenus ne représentent plus que 5’000 millions de pesos par an depuis.

On assiste cependant à une remontée du cours du brut depuis fin 2017, pour se situer à 70 USD. Les spécialistes laissent entendre que les prix devraient se maintenir à ce taux, apportant des revenus supplémentaires à la Colombie qui a tout à y gagner, notamment un renforcement de sa monnaie.

 

Le prix de l’essence à la pompe

Le prix aux stations d’essence est cher en Colombie, alors que le pays est producteur. Aussi, il varie peu, même si le cours du brut a chuté. Beaucoup de gens se demande pourquoi cela ne s’est pas ressenti à la pompe.

La raison principale est que le gouvernement ne subside pas l’essence. Il a décidé de ne plus le faire depuis 1974, lors de la crise qui l’a obligée à importer du pétrole pendant près de 10 ans. Il laisse aussi les producteurs et distributeurs fixer les prix selon le marché international. Cela signifie qu’Ecopetrol vend actuellement le baril au gouvernement 70 USD alors que l’extraction lui coûte environ 29 USD.

Autre chose, le pétrole doit être raffiné pour devenir de l’essence. Le pétrole a différent usage, principalement pour produire du plastique, et les procédés de raffinement varient. Les raffineries colombiennes ne sont pas très performantes pour produire de l’essence, le coût de production est plus élevé que la moyenne mondiale. Ce qui augmente encore les prix pour le marché intérieur de la Colombie.

Pour finir, le gouvernement rajoute des taxes, qui représentent 50% du prix à la pompe.

Avec un prix du galon (3.78 litres) d’environ 8’600 pesos avant 2015, le prix a quand même un peu baissé pour se situer aux alentours de 8’300 pesos aujourd’hui. Il reste malgré tout deux fois plus cher qu’en Equateur, Pérou ou Bolivie.

 

Beaucoup de voix se font entendre pour baisser le prix en achetant à Ecopetrol au prix de production. Le gouvernement réplique que les impôts devraient alors augmenter pour couvrir le manque de revenus directs que lui verse Ecopetrol.

 

La contrebande

C’est une réalité qui affecte la population de la Guajira principalement. Avec un voisin comme le Venezuela qui subside tellement l’essence pour la proposer à 0.01 USD, la contrebande était inévitable. Des camions citernes ou de simples camions passent illégalement la frontière dans des zones reculées à toute vitesse, armés et en colonne. Seul un puissant barrage routier pourrait les freiner. On estime les quantités à 100’000 barils par jour.

L’environnement

Dernier sujet sensible, la question environnementale. Le gouvernement craint plus que tout la fin de la production annoncée pour dans 5 ans, c’est-à-dire en 2023, si aucun nouveau champ pétrolier n’est découvert.

Pour ce faire, il a déjà autorisé en 2017 l’usage du fracking, technologie controversée et interdite dans de nombreux pays. Cela consiste à fracturer la roche en sous-sol à une profondeur jusqu’à 1km en injectant à haute pression de l’eau mélangée à des produits chimiques. Les spécialistes estiment que 3’000 millions de barils supplémentaires pourraient facilement être exploité avec cette technologie, notamment dans les puits déjà existants.

Bien qu’expérimenté depuis 1947 et que les États-Unis y ont recourt à grande échelle depuis plusieurs années, il n’y a pas de recul nécessaire pour connaitre les effets à long terme sur la planète. Les organisations environnementales luttent activement contre son usage.

 

L’autre problème est l’octroi de licences d’exploration très proche de sites naturels protégés. L’Agence Nationale des Licences Environnementales (ANLA) est très critiquée et fait régulièrement face et des plaintes. Par exemple elle devra répondre et justifier une licence dans le páramo de Sumapaz, pourtant protégé comme parc national depuis 1977.

Caño Cristales – Los Ochos

Un autre cas qui a mobilisé le pays tout entier fut la licence accordé pour La Macarena, situé à seulement 68 kilomètres de Caño Cristales, site protégé et réputé mondialement. Le Président de la République a été obligé d’intervenir en retirant immédiatement la licence. Maintenant, la Colombie fait face à une plainte de Hupecol, entreprise américaine, qui réclame 83’000 millions de pesos (29 millions de dollars US) de dédommagement alors qu’aucune exploration n’avait commencé. Le pays est puni de vouloir protéger un de ses sites naturelles les plus remarquables.

 

Il y a beaucoup d’enjeux économiques et la pression du temps. Espérons que les décisions seront prises dans l’intérêt du pays à long terme et non pas guidées par l’urgence et l’appât du gain.